Les familles ouvrières ayant besoin plus que d'autres de goûter l'air pur de la campagne, La Ligue Ouvrière Catholique (L.O.C.) expérimenta en 1954 l’idée de camps ouvriers dans plusieurs villes. Plus de mille familles ont ainsi bénéficié de belles vacances reposantes et économiques.
Fondée à Montréal en 1939, la L.O.C. offrait aux familles des services tels: budget familial, bibliothèques, gardiennes, comptoir d'échanges, coopératives de consommation et d'habitation, camps ouvriers, jardins ouvriers, etc... A un certain moment, elle comptait 6 000 militants/tes, répartis en 300 sections et organisait une semaine de la famille ouvrière
On perd la trace des camps ouvriers vers la fin des années cinquante. Mais l'esprit de solidarité demeurera pour renaître avec les camps familiaux. Autour des camps Otoreke et Bleu et Blanc, les premiers groupes de familles se sont constitués pour prendre des vacances communautaires. Les camps s'occupaient de la coordination, de la programmation des activités, de l'animation, de l'entretien des équipements et du site, ainsi que d'une partie du financement des projets de vacances. Pour leur part, les groupes de familles prenaient en charge l’information, le recrutement, l'organisation et la recherche de fonds pour leurs vacances.
De cette époque, on retiendra la volonté de rendre accessibles les vacances pour les familles à revenus modestes. Les groupes familiaux, issus de divers quartiers ouvriers de Montréal, expriment aussi leur désir de contrôler le plus largement possible leur projet de vacances.
En 1971, les groupes de familles se retrouvent au sein de la Fédération des groupes de base (FGB) et s'entendent sur une première plateforme:
Un an plus tard, on en viendra au constat que la FGB manque de coordination et d'organisation mais on s'entendra sur les points suivants:
La FGB obtiendra sa charte et se dotera de règlements et de structures. Les membres des groupes de base formeront l'assemblée générale, laquelle donnera des mandats à un comité directeur formé de deux délégués/es par groupe représenté.
On découvre que les vacances familiales collectives développent les réseaux de quartier et l'organisation communautaire. En effet, la découverte de la participation faite au camp familial se continue en ville à partir des problèmes concrets qui se posent aux familles.
Les projets vacances ne doivent donc pas apparaître comme une œuvre de charité qui dépend du bon vouloir d'individus ou d'organismes extérieurs au quartier. C’est pourquoi les familles participantes doivent posséder collectivement la maîtrise la plus totale possible sur leur activité de vacances. Ce point de vue est un renversement radical de l’approche habituelle où c'est le propriétaire du centre de vacances qui possédait le pouvoir décisionnel.
Les principaux interlocuteurs de la FGB étaient alors le ministère des Affaires Sociales (MAS), le Centre des services Sociaux du Montréal métropolitain (CSSMM) et la Fédération des œuvres de charité canadiennes-françaises (FOCCF: qui deviendra Centraide).
Après quelques années et de nombreuses péripéties, la FGB disparaîtra en 1975, suite à des désaccords sur le partage de fonds.

Pendant près de trois ans, les groupes de vacances familiales se multiplieront sans avoir l'occasion de se rencontrer. Cette période sera marquée par l'établissement, par Centraide-Montréal, d'une politique d'assistance aux camps familiaux, par la formation d'un comité de travail avec le Secrétariat d'État du Canada et par la création du Groupe Ressources Vacances Sites (GRVS). C'est la pression des demandes d'assistance technique formulées par les camps familiaux qui ont provoqué la création du GRVS. Le GRVS conclura une entente de service avec l'Association des Camps du Québec (ACQ) et profitera de l'appui financier de Centraide et du Secrétariat d'État du Canada.
La date à retenir est cependant le mois de février 1978. En effet, c'est à ce moment que quatorze (14) groupes se trouveront réunis près de Drummondville à l'invitation du GRVS. Les buts de cette rencontre étaient les suivants:
Rappelons ici que le Livre Vert était le point de départ d'une vaste consultation entreprise par le Haut-Commissariat à la Jeunesse, aux loisirs et aux sports (HCJLS) et son ministre délégué, Claude Charron, sur le développement des activités de loisir au Québec. Un comité de représentants/tes des groupes sera formé pour répondre au Livre Vert. Les positions du mémoire des camps familiaux y étaient exprimées dans ce qui a été appelé le «Livre rouge» des camps familiaux.
A cette rencontre de Drummondville, les groupes refusent de prendre le contrôle démocratique du GRVS et préfèrent y déléguer leurs représentants/tes tout en consolidant leur propre mécanisme de travail: le Comité des groupes. Le GRVS aura pour tâches principales de soutenir techniquement les groupes de familles et la démarche du Comité des groupes. Les rencontres entre le Comité et le GRVS permettront d'élaborer des stratégies de concertation et d'action face aux dossiers chauds et aux luttes à mener pour la reconnaissance des camps familiaux. Ce à quoi on travaille, ce qu'on prépare, c'est un regroupement des forces, l'union des camps familiaux. Ce regroupement se ferait à partir de deux principes: 1) autonomie des groupes; 2) représentativité de la diversité des expériences.
Après une longue préparation faite de consultations, de représentations et d'actions, le Mouvement sera fondé. II existait déjà par la communauté des buts et objectifs partagés par les groupes. II se formera autour de la Politique du mouvement des camps familiaux avant d'être officiellement constitué.
La politique des camps familiaux, publiée en 1980, est plus qu'un document de référence, plus qu'un énoncé de principes, plus qu'un cahier de revendications.
C'est avant tout le résultat d'un travail de consultation, d'animation et d'organisation communautaire qui s'est fait pendant plusieurs mois auprès des membres. Malgré les années, cette politique doit être considérée comme le témoignage des aspirations fondamentales des couches populaires en ce qui a trait au droit aux vacances.
Guidés par ces principes et leurs orientations de travail, les membres du Mouvement des camps familiaux se sont acheminés vers la fondation du MQCF le 16 mai 1981. La fusion GRVS-MQCF couronnera cette longue marche en 1982. A partir de cet instant, le Mouvement québécois des camps familiaux devenait le seul porte-parole des associations populaires de vacances familiales au Québec. Les années qui suivirent ont été l'occasion de consolider ce regroupement et d'assurer sa reconnaissance auprès de ses bailleurs de fonds, des structures du loisir et des organisations populaires.
En 1983, le MQCF a reçu son accréditation comme organisme d’éducation populaire autonome par le ministère de l’Éducation du Québec.
En 1984, il a été reconnu comme organisme national de loisir par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.
En 1987, l’urgence de s’engager est décrété par le président Raymond Bonasso. En effet, dans le climat des coupures budgétaires, il craint le pire.
En 1988, une importante mobilisation est lancée pour obtenir du gouvernement un soutien financier pour permettre la mise aux normes dans les camps familiaux.
En 1989, le ministère de la Santé et des Services sociaux se retire du dossier des camps familiaux.
En 1990, le Mouvement honore ses bénévoles.
En 1992, le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche applique une nouvelle politique de reconnaissance et de financement qui provoque une coupure de 25% de la subvention, soit près de 27,000$.
En 1999, le programme Vacances familiales accès plus est lancé.
En 2006, le Mouvement procède à un changement dans son nom corporatif. Sa nouvelle dénomination devient Le Mouvement québécois des vacances familiales (MQVF).
En 2007, le Mouvement célèbre sa vingt-cinquième année d’existence.
En vingt-cinq ans, le Mouvement a apporté une contribution majeure à la société québécoise. Tout d’abord, il a suscité une analyse politique du loisir et des vacances qui a mené à la défense du droit au loisir.
Ensuite, il fut l’un des pionniers dans le dossier de l’économie sociale si populaire aujourd’hui. Puis, il a favorisé le développement des relations internationales du Québec dans le champ du loisir et des vacances. De plus, il a sensibilisé les centrales syndicales à l’importance du droit aux vacances et aux mesures pouvant en favoriser l’accessibilité pour le plus grand nombre.
Enfin, soulignons que le président du comité des groupes qui a orchestré la création du Mouvement était issu des communautés culturelles. Il s’agissait de monsieur Mohamed Bouti. Un rapprochement interculturel dès la première heure.
Ils sont ceux de la société québécoise. Notamment, la reconnaissance du droit aux vacances pour tous est plus d’actualité que jamais, la lutte à la pauvreté, l’accueil des nouveaux arrivants et le rapprochement interculturel.
L'engagement ainsi que l'implication des citoyens et des bénévoles dans leur projet de vacances et de loisir est un enjeu constant de même que la protection du patrimoine bâti et le développement du réseau.
Et ce vaste programme exige des ressources financières qu’il faut trouver par tous les moyens possibles.
Voilà en bref ce que permet le Mouvement québécois des vacances familiales depuis plus de 30 ans, parce que le Mouvement... c'est bien plus que des vacances.